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Analyses et études 2018

Les analyses et études réalisées par Lire et Écrire ont toutes comme point de départ les problématiques de l’analphabétisme et de l’alphabétisation des adultes et ont toutes comme enjeux de soutenir la réalisation des objectifs de l’association, soit que toute personne qui le souhaite puisse trouver, près de chez elle, une alphabétisation de qualité, répondant à ses besoins mais aussi qu’un jour, il n’y ait plus d’analphabètes.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, les problématiques de l’analphabétisme et l’alphabétisation des adultes ne font pas ou très peu partie des champs de recherche du secteur formel. Ces problématiques ont dès lors été mises en avant et sont étudiées et analysées quasi exclusivement par le secteur associatif, dont Lire et Écrire.

Si toutes nos analyses et études se situent dans le champ de l’alphabétisation, ce champ est large et nos analyses et études traitent de nombreuses thématiques. Elles portent sur la compréhension et la prévention de l’analphabétisme, sur les politiques et sur les pratiques d’alphabétisation.

Nos trois études

Les motifs d’engagement en formation d’alphabétisation Une enquête quali-quantitative auprès d’apprenants de Lire et Écrire Bruxelles
Magali Joseph et Josée Mailhot
Décembre 2018

Pour quelles raisons les apprenants viennent-ils en formation d’alphabétisation ? Quelles sont leurs attentes ? Cette étude vise à mieux connaître les motifs d’engagement en formation d’alphabétisation de nos apprenants. Elle explore cette problématique d’une manière originale puisqu’elle allie une double démarche méthodologique. Cette recherche combine, en effet, une analyse qualitative fondée sur 24 entretiens semi-directifs et un travail quantitatif basé sur les réponses de 1379 apprenants.

L’influence des politiques publiques sur les catégories de publics présents à Lire et Écrire en Wallonie
Justine Duchesne
Décembre 2018

Dans un contexte d’effervescence électorale sur le chemin des futures élections régionales, fédérales et européennes de 2019, Lire et Écrire est amené à se positionner politiquement afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics et de l’opinion publique, en vue de faire état de la persistance de l’analphabétisme en Région wallonne mais également dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Loin d’être un résumé exhaustif de l’ensemble des réformes qui ont jalonné cette législature 2014-2019, la confrontation d’un contexte politique global à son articulation sur le terrain nous permettra de faire état des mécanismes d’influences multiples qui s’exercent sur le quotidien des acteurs de l’alpha et plus particulièrement, sur les catégories de publics vers qui ils destinent leurs actions.

Cette étude a donc pour visée de se retourner sur la mise en œuvre des priorités politiques adoptées durant la législature 2014-2019 et de divulguer l’incidence de celles-ci sur le quotidien des acteurs et plus particulièrement, sur les catégories de publics présents en formation. Le tout, dans le but de percevoir l’évolution présumée des catégories visées par les politiques sur le terrain. En d’autres termes, nous nous demanderons : quelle a été l’influence des politiques publiques sur les catégories de publics présents à Lire et Écrire en Wallonie depuis 2014 ?

Analyse des impacts des actions d’alphabétisation auprès des personnes étrangères ou d’origine étrangère
Élise Ugeux
Juin 2018

Cette recherche-action s’intéresse aux impacts du processus d’alphabétisation auprès des publics « personnes étrangères et d’origine étrangère », tels que définis par le code wallon de l’Action sociale et de la Santé. Essentiellement de type qualitatif, la recherche s’appuie sur une méthodologie impliquant l’expression directe des apprenants. Elle se construit à partir de leur propre regard sur les effets du processus d’alphabétisation dans leur vie.

Nos analyses, par thématique

Politiques et pratiques d’alphabétisation

L’associatif embarqué dans l’édification d’une société de type néolibéral
Hugues Estéveny
Décembre 2018

Depuis longtemps, des liens existent entre associations et pouvoirs publics. Nulle volonté dans cette analyse de dénoncer a priori l’existence de ces collaborations. Il s’agit de s’opposer à l’enrôlement des associations dans l’édification d’un modèle de société néolibéral.

L’abandon dans les formations en alphabétisation : ampleur du phénomène, moments critiques et causes
Iria Galván Castaño
Décembre 2018

Les adultes en formation abandonnent souvent les cours d’alphabétisation. Quand abandonnent-ils et pourquoi ? Cette analyse propose une revue sommaire de la littérature abordant ce sujet et une brève présentation de discours recueillis à ce propos dans le cadre d’une étude de Lire et Écrire Bruxelles

Au carrefour de l’alphabétisation et de l’apprentissage du français langue étrangère, quelles distinctions ?
Duygu Celik
Décembre 2018

Le paysage de la formation est riche et diversifié. Dans la formation de base, la frontière a toujours été floue entre ce qui relève de l’alphabétisation (alpha) et ce qui relève de l’apprentissage du français langue étrangère (FLE). L’état des lieux de l’alphabétisation en Fédération Wallonie-Bruxelles, publication de référence qui brosse l’offre d’alphabétisation en Wallonie et à Bruxelles, intègre dans sa définition de l’alphabétisation l’apprentissage du français langue étrangère. Le FLE ainsi que l’« alpha-FLE » sont considérés dans le champ très vaste de l’alphabétisation, aux frontières de moins en moins certaines.

Cette confusion s’est accentuée ces deux dernières années avec l’émergence de nouveaux opérateurs de FLE et d’alpha-FLE dans la foulée des moyens supplémentaires injectés dans le secteur dans le cadre du renforcement des politiques d’intégration des primo­arrivants. En réponse à la crise des réfugiés de l’été 2015, les Gouvernements wallon comme bruxellois ont réformé les dispositifs d’intégration des primo&shy ;arrivants. En Wallonie, cela s’est concrétisé dès 2016 avec l’instauration de l’obligation d’apprendre le français pour tout étranger obtenant le droit de séjour et l’octroi de moyens supplémentaires pour ces formations via un appel à projet « initiative locale d’intégration ».

La modification du travail social chez Lire et Écrire. L’effet boule de neige des politiques d’activation
Justine Duchesne
Décembre 2018

Nous sommes dans une société en constante évolution. Un Mouvement, tel que Lire et Écrire, se conçoit, s’accompagne et se modifie au rythme des mouvances du corps social et des politiques qui le délimitent, le modulent et lui répondent.

Depuis les années 2000, le paysage politique et institutionnel de l’alphabétisation a changé. Le contexte économique, social, culturel et politique dans lequel le secteur évolue également. L’accroissement d’un paradigme d’activation, porté par des politiques publiques tissant la toile d’un État social dit actif, percole dans bon nombre de domaines y compris parmi les organes les plus autonomes, ceux-là mêmes chargés d’amener une analyse critique de la société et des corollaires de ses actions.

Cette analyse a pour visée de mettre en lumière un sentiment de malaise, présent au sein du domaine social en général, qui se reflète parmi les travailleurs de structures, telles que Lire et Écrire, notamment de par leur position charnière entre le public pour qui ils s’investissent chaque jour et les pouvoirs publics qui cadrent leurs actions. Cette position laisse apparaitre une tension dialectique constante qui les propulse dans une interface entre le haut et le bas, les instruments politiques et les expériences sur le terrain : situation vectrice d’incohérences.

La formation de base pour les détenus : quelle pertinence et quels freins ?
Duygu Celik
Décembre 2018

La formation de base pour les détenus, quelle pertinence au regard des catégories de publics présents dans les prisons, de leurs besoins et de leurs demandes ? Nous proposons, dans cet article, de questionner la pertinence de la formation en prison, en particulier la formation de base, et de mettre en évidence, dans la foulée, les multiples freins et les difficultés qui se dressent face à ce type d’initiative en milieu carcéral.

Publics éloignés : le facteur « Sherwood »
Duygu Celik
Décembre 2018

Cette analyse s’intéresse à ce que l’on a dénommé « sherwoodisation », processus de décrochage de masse par lequel des populations sortent des circuits d’aide institutionnalisée, vivent en dehors des écrans radars de la sécurité sociale et qu’il devient, par conséquent, de plus en plus difficile de toucher.

Notion complexe et recouvrant des réalités multiples, nous nous intéresserons à un aspect particulier, à partir d’une expérience de terrain et des réflexions des travailleurs sociaux pour apporter des éclairages qui demeurent, somme toute, partiels sur le phénomène.

Les conflits, une réalité méconnue, un potentiel inexploité

En lien avec ses valeurs et sa vision de l’alphabétisation populaire, Lire et Écrire prend acte du conflit social dans lequel s’inscrit la persistance de l’analphabétisme. Ce conflit inspire ses choix pédagogiques, porteurs de changements individuels et collectifs s’appuyant sur l’apprentissage des langages fondamentaux. Entre une vision macro qui nous donne des clés de compréhension du fonctionnement sociopolitique et les espaces plus restreints de la formation, les connexions sont nombreuses.

Les analyses mettent en réflexion des pratiques d’alphabétisation mais aussi d’autres pratiques d’éducation populaire, et place le focus sur la manière dont les acteurs·rice·s de terrain identifient les conflits, les réfléchissent et les agissent. Les analyses proposent également des pistes de travail et une palette d’outils qui visent tantôt à prévenir, tantôt à analyser et vivre positivement les conflits en formation ou, plus largement, dans les associations.

Opposant ? Adjuvant ? Du conflit comme trésor pour le pédagogue
Michel Neumayer
Journal de l’alpha no 208 – 1er trimestre 2018

Nous avons tous, et cela depuis l’enfance, une expérience du conflit, voire une pratique du conflit souvent liées au sport, au jeu, à nos lectures d’enfant, à l’observation du monde animal, à la vie ordinaire. Ainsi avons-nous construit dès le plus jeune âge un « rapport au conflit » qui nous habite en tant qu’adultes. Le cinéma est révélateur de ce point de vue : il y a ceux qui aiment la bagarre façon cow-boy ou les joutes oratoires à la manière de quelques fameux films de procès, quand d’autres préfèrent les road-movies poétiques ou les documentaires géographiques. Ce rapport personnel, voire intime au conflit, il nous faut le réinterroger si nous voulons être professionnels, en particulier de l’éducation et de la formation.

Comment on apprend : une source de conflits ?
Aurélie Audemar, sur base d’entretiens avec Marilyn Demets, Marie-Julie Lebon, Stéphanie Urbain
Journal de l’alpha no 208 – 1er trimestre 2018

Avec trois formatrices de Lire et Écrire, nous avons arpenté les tiraillements, colères, frustrations, interrogations qu’elles et leurs groupes d’apprenants rencontrent. Elles ont raconté à quelques dizaines de kilomètres les unes des autres, à Tournai, Namur et La Louvière, les états conflictuels traversés dans le quotidien des formations. Pourquoi des adultes participent-ils à des formations en alphabétisation ? Comment apprend-on à lire et à écrire ? Qu’est-ce que cela implique ? Quels sont les enjeux en présence ?

À travers leurs récits, cet article propose de traquer les fausses évidences pour entrer au cœur des tensions du métier d’alphabétiseur et du rôle qu’il exerce : celui d’acteur de changement, d’assistant social ou d’(anti ?)maitre d’école…

Raccommoder les accros du quotidien ou broder dans la durée, avec les fils de la pédagogie institutionnelle
Noëlle De Smet
Journal de l’alpha no 208 – 1er trimestre 2018

Dans les lieux d’apprentissages collectifs, le tissu général peut être lisse mais jamais longtemps… Ici et là, il peut se froisser, se plisser, voire quelque peu se déchirer. Frictions, tensions, conflits peuvent venir trouer les jours et secouer le tout. Comment ? De diverses façons liées aux vécus et histoires des institutions et des gens.

Quelques échantillons ouvrent cet article. Pourquoi ces insatisfactions ? Ce n’est pas ce que nous interrogerons ici. Ne seront pas données non plus des réponses au « que faire alors » ? C’est plutôt un détour qui est proposé, celui d’un chemin, celui d’une élaboration collective, selon l’éthique et les modalités de la pédagogie institutionnelle

Faire du conflit un levier pour l’apprentissage
Maria-Alice Médioni
Journal de l’alpha no 208 – 1er trimestre 2018

Le conflit est le plus souvent appréhendé comme un obstacle aux relations qui doivent présider entre les personnes et un empêcheur d’apprendre dans la mesure où il ne permet pas la création d’un climat propice dans le groupe d’apprentissage. Certes, on ne peut guère apprendre dans un contexte violent et insécurisant. Mais de la même façon, il n’y a guère de possibilité d’apprendre et de penser dans un environnement lisse, sans aspérités, sans conflits, sans (re)mises en cause, sans perturbations.

Faut-il alors mettre toutes ses forces à éliminer le conflit ou plutôt reconnaître l’autre non pas comme un ennemi mais comme un adversaire avec ses revendications légitimes, reconnaître également le conflit en soi, pour mieux le dépasser… ou l’assumer ?

Ne débattons pas, délibérons
Cécile Bulens
Journal de l’alpha no 208 – 1er trimestre 2018

De par notre formation mais aussi de par l’influence des médias et du monde politique, nous nous retrouvons souvent enfermés dans des débats compétitifs, où l’enjeu n’est pas d’apporter sa pierre pour construire des solutions à des problèmes mais bien de discréditer l’autre. Et nous voilà souvent pris, sans le vouloir, dans ce même processus. C’est vrai pour notre travail en équipe, comme pour nos formations avec les apprenants.

Comment, en s’inspirant de la démarche des intelligences citoyennes de Majo Hansotte, être attentifs à ces actes de parole compétitifs, les repérer pour mieux les éviter, émettre des signaux d’alerte lorsqu’ils apparaissent ? Comment aussi mettre en place des procédures et des outils pour s’inscrire dans une dynamique coopérative et créer une vraie délibération ?

La place des conflits dans le groupe solidaire d’expression citoyenne de Bruxelles Laïque
Entretien avec Pascale Kolchory et Cédric Toley – Propos recueillis par Antoine Daratos
Journal de l’alpha no 208 – 1er trimestre 2018

Le Groupe solidaire d’expression citoyenne (GSEC) de Bruxelles Laïque se veut un espace ouvert, d’ancrage, destiné notamment aux personnes privées d’emploi et en difficulté face aux contraintes des politiques d’activation. Si les occasions de conflit n’y manquent pas, il n’est jamais question de le réprimer. Au contraire, le conflit est toujours accueilli, pris en charge par le groupe. Pour les travailleurs, l’important n’est pas la méthode, ou les outils, mais un « état d’être », une ouverture, une abolition de la distance entre les membres du groupe, combiné à une transparence la plus complète possible.

Invitation à une lecture plurielle du conflit
Maude Didier
Journal de l’alpha no 208 – 1er trimestre 2018

Cette analyse cherche à poser une attention particulière sur le moment qui se passe entre un conflit et la recherche d’un apaisement. Les manifestations d’une tension, ses aspects apparents, les passages à l’acte ou à la parole ne permettent pas toujours de comprendre ce qui est profondément en jeu dans la situation. À bien y penser, n’irions-nous pas un peu vite quant à l’analyse des paramètres ayant participé à l’éclosion d’un conflit ? Il est aisé d’en expliquer l’origine de manière unifactorielle (une raison pour un effet), mais ne passons-nous pas ainsi à côté de certains éléments de la question et donc d’une partie de sa réponse ?

L’hétérogénéité, une réalité incontournable. Comment la valoriser ?

En Fédération Wallonie-Bruxelles, le secteur de l’alphabétisation se caractérise par une grande hétérogénéité : soutien par différentes politiques publiques, multiplicité des opérateurs, diversité des métiers impliqués, des histoires et des profils des travailleur·euse·s et des apprenant·e·s… Cette diversité, assumée et revendiquée, a pour fonction première de rendre le plus effectif possible l’accès de toutes et tous à l’alphabétisation.

En lien avec cette réalité, nous avons choisi de nous intéresser aux pratiques de terrain qui se rattachent positivement, volontairement et explicitement à l’hétérogénéité des groupes en formation. En effet, si l’homogénéité nous parait illusoire et peu propice aux apprentissages, et à contrecourant des enjeux de l’alphabétisation populaire, il nous parait tout aussi évident que répondre au quotidien à l’hétérogénéité n’est pas toujours simple et mérite, à ce titre, que nous donnions la parole aux travailleurs et travailleuses de terrain.

L’hétérogénéité, entre richesse et complexité
Entretien avec Benoit Lemaire, propos recueillis par Antoine Daratos
Journal de l’alpha no 209 – 2e trimestre 2018

Du fait de la configuration territoriale propre à la province de Luxembourg, Lire et Écrire y est inévitablement confrontée à une forte mixité au sein des groupes de formation. La diversité de niveaux, de statuts, de projets, de cultures est une réalité qui constitue la principale difficulté dans le travail des formateurs au quotidien. Mais, loin d’être une fatalité à laquelle elle accepterait de se plier, l’hétérogénéité est prise en compte par la régionale et fait même l’objet d’un choix organisationnel et pédagogique conscient de sa part, à contrecourant parfois des tendances des politiques actuelles qui poussent à la catégorisation des publics.

Cette prise en compte est, en définitive, dans une province comme le Luxembourg, le garant d’une alphabétisation réellement pour tous.

L’hétérogénéité, un atout pour apprendre ? À quelles conditions ?
Maria-Alice Médioni
Journal de l’alpha no 209 – 2e trimestre 2018

Le débat à propos des effets de l’hétérogénéité sur la qualité des apprentissages n’est pas prêt de s’éteindre : il résume des enjeux d’importance sur les plans didactique, éthique et politique. Sur le plan didactique, la question renvoie aux choix opérés par l’enseignant ou le formateur : quels contenus et quelles modalités de travail privilégier ? Sur le plan éthique, il s’agit de ne laisser personne de côté, de n’abandonner aucun apprenant. Sur le plan politique, on parlera de lutte contre les inégalités, contre le fatalisme, contre l’idéologie élitiste et individualiste.

L’analyse se centre sur comment on se représente la question de l’hétérogénéité et les conditions qui permettent à l’hétérogénéité de jouer son rôle de levier pour l’apprentissage.

Le groupe multiniveau ou le partage de l’apprentissage
Martine Fillion
Journal de l’alpha no 209 – 2e trimestre 2018

Il y a près de 10 ans, à l’Atelier des lettres (Montréal), membre du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ), nous avons effectué un virage important en abandonnant les groupes de niveau au profit de l’approche multiniveau où l’accent est mis sur la collaboration et la médiation par les pairs. Bien qu’il pose des défis particuliers, ce type de fonctionnement nous semblait parfaitement adhérer à la pratique participative de l’alphabétisation populaire : que les participantes et participants prennent une place active au sein du groupe et aient prise sur leurs apprentissages.

L’analyse explicite ce qui a motivé ce passage et montrera concrètement comment, avec un public très hétérogène, il est possible de travailler en groupes multiniveaux en se basant sur les savoirs, les compétences de chacun et en mettant l’entraide au cœur du processus.

Homogénéité en façade, hétérogénéité à tous les étages
Rencontre avec Véronique Bonner, Pascaline Gakara, Graciose Nzitonda, Sylvie Wauthier – Propos recueillis par Sylvie-Anne Goffinet
Journal de l’alpha no 209 – 2e trimestre 2018

Pour des raisons liées à l’histoire de l’alphabétisation à Bruxelles, l’homogénéité linguistique des apprenants est un des facteurs importants dans la constitution des groupes au Centre alpha Molenbeek Colonne de Lire et Écrire Bruxelles. Cependant, la question de l’homogénéité et de l’hétérogénéité y dépasse largement celle de la constitution des groupes. Ceux-ci sont en effet des réalités humaines complexes, ils sont composés de personnes en interaction constante : des apprenants engagés dans un processus de transformation centré sur des apprentissages linguistiques, et une formatrice ou un formateur au pilotage du groupe.

La vie d’un groupe, quelle que soit sa composition de départ, est donc une réalité mouvante. Invitation à visiter le centre de l’intérieur après en avoir regardé la façade

Homogénéité ? Oui, il s’agit de s’accorder dans la diversité, de transcender les différences
Charlotte Faure
Journal de l’alpha no 209 – 2e trimestre 2018

Maillon de la Chaîne des savoirs, l’association Par Chemins (Château-Chinon, Morvan) milite pour le droit de réapprendre les savoirs de base à tout âge. Ses membres construisent ensemble des projets de sensibilisation à la question de l’illettrisme. Son fonctionnement, de type coopératif est basé sur le « tous capables » de participer à la discussion, à la prise de décision et à l’action.

Comment le concept d’homogénéité se décline-t-il au regard de cette expérience ? En d’autres termes : peut-on parler d’homogénéité, et si oui, dans quel sens ?

Faire le pari de l’hétérogénéité, le plus possible
Pascale Lassablière
Journal de l’alpha no 209 – 2e trimestre 2018

Après plus ou moins quinze années de pratique des ateliers d’écriture dans le milieu associatif, en alphabétisation ou français langue étrangère, dans le milieu carcéral, avec des jeunes et des moins jeunes, dans des milieux « homogènes » ou pas…, décider d’opter pour l’hétérogénéité le plus possible, c’est pour moi choisir de placer le concept d’apprentissage en résonance avec celui du vivre ensemble.

C’est aussi envisager bien d’autres questions comme celle de mon regard sur les participants avec qui je travaille et celle du sens de mon travail.

Équipes de travailleurs en alpha, singularités et œuvre collective
Aurélie Audemar, sur base d’entretiens avec Yolande Boulanger, Marjorie Dozot, Delphine Versweyveld
Journal de l’alpha no 209 – 2e trimestre 2018

Les personnes qui s’engagent dans un parcours professionnel en alpha ont des formations, des parcours, des profils bien différents. Une fois ce constat dressé se pose la question de comment travailler ensemble pour répondre aux missions d’alphabétisation ? Comment créer un commun professionnel ou militant ?

Avec trois collègues de deux régionales de Lire et Écrire, accompagnatrice et coordinatrices pédagogiques, nous sommes parties de ces questions pour faire un état des lieux de leurs équipes de travail. Qui sont les personnes qui les composent ? Qu’est-ce qui rend possible le « faire équipe » ? Comment travaille-t-on ensemble ? Comment voient-elles la formalisation des pratiques à Lire et Écrire ?

La participation – Devenir « nous, acteurs »

Les pratiques relatées dans les analyses ont en commun de s’attacher concrètement au renforcement du pouvoir de penser, de dire et d’agir des personnes en processus d’alphabétisation. Cette montée en pouvoir se décline sous différents modes : construire une pensée complexe et critique ; développer et exprimer un point de vue propre, le porter à l’extérieur, le mettre en débat, interpeler, revendiquer ; se fixer des objectifs, mettre en œuvre des stratégies d’action, accueillir l’inattendu ; s’engager dans un changement personnel, collectif ou social ; obtenir le changement espéré… ou pas, ou gagner tout autre chose.

Ces pratiques sont précieuses. Chacune d’entre elles mobilise une intelligence collective, des connaissances et des compréhensions nouvelles, de l’expertise remontant « du bas vers le haut », des expressions créatives, des solidarités, des fiertés retrouvées, de l’autonomie, des rencontres… Elles jalonnent et construisent des chemins d’émancipation individuelle et collective.

Participation et gouvernail, tous sur le bateau
Groupe de travail réseau coordonné par Cécile Bulens
Journal de l’alpha no 210 – 3e trimestre 2018

Des membres du groupe de travail « réseau des apprenants » de Lire et Écrire, tous animateurs d’un groupe réseau au niveau local, se sont réunis pour échanger sur les enjeux, la méthode, les pratiques, les difficultés et les freins à la participation des apprenants. Quelques-uns ont aussi mis la question de la participation en débat dans leur groupe d’apprenants membre du réseau :

  • Pourquoi êtes-vous venu dans ce groupe, qu’y trouvez-vous ?
  • Avez-vous déjà été engagé volontairement à faire quelque chose dans votre village ou dans votre quartier ?
  • C’est quoi être un citoyen engagé ?
  • Être dans un groupe réseau, qu’est-ce que cela vous apporte ?
L’expérience du maillon d’Anjou Participation, engagement, émancipation ou prise de pouvoir
Françoise Bossé, Betty Dezalais, Séverine Huchin
Journal de l’alpha no 210 – 3e trimestre 2018

Nous, ambassadeurs et accompagnatrices du maillon de l’Anjou, anciens apprenants et formatrices, défendons le droit d’apprendre tout au long de la vie. Depuis le début des années 2000, nous nous réunissons, répondant d’abord à l’invitation d’Anne Vinérier pour travailler ensemble dans le cadre d’une recherche-action-formation autour de l’illettrisme. Par la suite, nous avons décidé de prendre collectivement la parole pour combattre l’illettrisme. Depuis, onze autres maillons se sont créés, dont un en Belgique, pour former la Chaine des Savoirs.

Comment nous sommes-nous engagés dans ce combat ? Comment il résonne pour soi et pour les autres ? Qu’est-ce que cette participation change pour nous, chez les autres et dans la société ?

Voir aussi les vidéos associées à l’analyse.

Adapter nos pratiques aux milieux populaires : à la recherche d’une participation de qualité
Esther Filion
Journal de l’alpha no 210 – 3e trimestre 2018

Mon parcours comme intervenante communautaire au Québec a été parsemé de doutes et de remises en questions. J’ai été en constante quête de cohérence entre principes et pratique. J’ai orienté ma pratique vers la recherche de stratégies d’animation efficaces et respectueuses des milieux populaires, et développé des outils et des formations à cet égard. Cette analyse fait la narration de mon parcours, des constats qui m’ont amenée à développer des stratégies et outils d’animation qui permettent une meilleure participation des apprenant·e·s analphabètes dans des processus d’apprentissage, de réflexion, d’action, décisionnels, citoyens, etc.

La démocratie en toutes saisons Oui, il s’agit de s’accorder dans la diversité, de transcender les différences
Aurélie Audemar
Journal de l’alpha no 210 – 3e trimestre 2018

Dans une société productrice d’inégalités et d’injustices, face à un nombre croissant d’électeurs abstentionnistes et de dégoutés du monde politique, cet article chemine vers des pistes de réflexion sur la participation citoyenne à l’échelle de la société et de nos associations.

Un atelier de citoyenneté où la participation n’est pas un slogan
Sylvie-Anne Goffinet – Rencontre avec Muriel Bernard et Joëlle Dugailly
Journal de l’alpha no 210 – 3e trimestre 2018

Si, les années précédentes, l’atelier citoyenneté du Collectif Alpha de Saint-Gilles était centré sur des questions de société, à la rentrée 2016-2017, l’atelier s’est orienté vers le thème de la culture. Titulaires de l’atelier depuis plus de 8 ans, Anne Loontjens et Joëlle Dugailly se sont, en janvier 2017, ouvertes aux démarches de la médiation culturelle et de la démocratie profonde, en partageant l’animation avec Muriel Bernard (asbl Article 27 # Bruxelles), formée à ces méthodologies.

La participation approchée via les outils de la médiation culturelle et de la démocratie profonde sera donc le fil conducteur de cette analyse.

L’empowerment, un concept à s’approprier en alpha
Sylvie-Anne Goffinet
Complément au Journal de l’alpha no 210 – 3e trimestre 2018

L’empowerment, un nouveau vocabulaire pour parler de participation, nous semble intéressant à trois niveaux. D’abord bien sûr parce que les auteures, comme le titre l’indique, lient cette notion à celle de la participation, ensuite parce qu’elles proposent de clarifier les différentes versions d’empowerment (radicale, social-libérale et néolibérale) en recourant à des « chaines d’équivalences » ; enfin parce qu’elles prennent clairement position pour l’approche radicale, qui est aussi celle des origines du concept. Loin d’être uniquement théorique, l’analyse de deux auteurs (Marie Hélène Bacqué et Carole Biewener) s’appuie sur de nombreuses pratiques se revendiquant de l’empowerment ou s’y apparentant, notamment l’approche conscientisante de Paulo Freire.

Ce qui m’a donné à penser que l’empowerment constitue un concept utile pour questionner nos pratiques participatives en alpha…

Comment l’ASBL Formosa s’initie à la participation
Leïla Louahed
Journal de l’alpha no 210 – 3e trimestre 2018

Un des axes prioritaires de l’appel à projets 2016-2020 en Cohésion sociale de la COCOF était la mixité de genre. Cet axe prioritaire ainsi que des initiatives de la part de volontaires et d’apprenant·e·s de l’ASBL Formosa ont été le point de départ de la mise en chantier d’une réflexion autour de la participation et d’une mise en œuvre de premières pistes de réorientation de notre travail avec les différents acteurs de l’ASBL.

Pour ce faire, nous avons utilisé la méthode d’analyse en groupe (MAG) pour croiser les points de vue et dégager des pistes pratiques que nous avons commencé à mettre en œuvre en avril 2017.

Campagnes de sensibilisation : pourquoi Rosa ne parle pas en « je » mais en « nous »
Cécilia Locmant et Bénédicte Mengeot
Journal de l’alpha no 210 – 3e trimestre 2018

Le personnage de Rosa, fil rouge de nos campagnes de sensibilisation 2015-2016, est à la fois l’incarnation de la réalité, puis du rêve et d’une prise de conscience des apprenants des différentes régionales de Lire et Écrire. Façonnée à partir de leurs témoignages, cette jeune femme illettrée aux prises avec le cynisme des politiques d’activation a été très vite reconnue par les apprenants comme « l’une des leurs ». En lui donnant vie, puis en lui autorisant le droit d’avoir un projet et d’émettre des demandes auprès d’un ministre, les apprenants sont passés d’un sentiment de fatalisme à une volonté d’action et de mobilisation.

Récit de cette aventure à travers le prisme du travail mené au sein des groupes de Lire et Écrire Centre-Mons-Borinage.

Le lien oral-écrit. Une évidence ?

Les analyses tournent autour de pratiques et réflexions pédagogiques qui tissent les liens entre l’oral et l’écrit. Elles témoignent de la richesse et de la singularité des pratiques d’alphabétisation populaire en la matière. Les défis pédagogiques sont en effet nombreux et participent certainement de ce qui constitue les spécificités du métier de « formateur·rice en alphabétisation ».

Et les questions qui se posent demandent de mener tout un travail de va-et-vient entre pratiques et réflexions sur celles-ci : comment permettre l’apprentissage du français oral sans appui de l’écrit ? Comment concilier les apprentissages oraux et les besoins des personnes de se repérer rapidement dans les espaces de vie où l’écrit est omniprésent ? Comment s’opèrent les passages de l’oral à l’écrit ? S’agit-il d’ancrer les apprentissages dans des situations réelles qui mobilisent plusieurs langages ? Quelle place par ailleurs accorder aux compétences de l’oral avec des personnes francophones ? Pour y répondre, il n’y a pas de recettes toutes faites…

Oral et écrit en classe de langue étrangère
Maria-Alice Médioni
Journal de l’alpha no 211 – 4e trimestre 2018

Les relations entre oral et écrit en didactique des langues étrangères ont une histoire pour le moins mouvementée. Privilégiés ou bannis à tour de rôle, l’oral et l’écrit ont été le plus souvent l’objet d’une dichotomie avant que l’on puisse les penser en interaction : après que l’écrit ait longtemps prévalu, la communication nécessitant le recours à l’oral est devenue l’objectif visé ; puis, à partir des années 1950, le tout oral s’est imposé avant que l’écrit ne retrouve sa place dans les années 1970 ; enfin, depuis 2001, la perspective actionnelle oblige à repenser les liens entre oral et écrit, en compréhension et en production.

Si la bataille de la complémentarité / articulation oral-écrit semble gagnée, s’incarne-t-elle dans des pratiques qui prennent en compte leurs spécificités pour les intégrer à l’apprentissage de la langue étrangère ? Force est de constater que nombre de confusions et d’interdits persistent et gênent considérablement l’enseignant ou le formateur.

Téléphone portable et perméabilité des frontières entre l’oral et l’écrit Une révolution en marge de l’alpha ?
Aurélie Audemar
Journal de l’alpha no 211 – 4e trimestre 2018

Parmi les appareils issus des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le téléphone portable avec ses nombreuses fonctions et applications (messageries vocales, SMS, internet, GPS…) offre non seulement de nombreuses possibilités d’échanges verbaux et écrits mais transforme les pratiques. Si facile à transporter, il est celui que l’on a toujours sur soi et semble aujourd’hui incontournable.

Mais comment est-il utilisé par les personnes en formation d’alphabétisation ? Outil de communication orale à distance ou support de correspondance écrite ? Est-il une aide pour parler, lire, écrire au quotidien ? De quelles langues orales et écrites s’agit-il ? Est-ce un support pour apprendre ces langages ? Fait-il partie des supports pédagogiques des formateurs ?

De la numération orale à la numération écrite, un pas difficile à franchir
Anne Chevalier
Journal de l’alpha no 211 – 4e trimestre 2018

Comme pour toutes les formes de langages, celui qui exprime les quantités est d’abord oral, aussi bien dans l’histoire que dans le développement de chaque individu. Par ailleurs, l’écriture chiffrée des nombres telle que nous la connaissons aujourd’hui est le fruit d’un long développement indépendant des langues parlées.

Le travail essentiel à réaliser en alphabétisation est de montrer comment passer de la numération orale à la numération écrite qui, au fil de l’histoire, est devenue universelle. Ce passage ne pourra se faire qu’au prix de la compréhension de ce qui fonde les numérations tant orale qu’écrite…

De la possibilité et de la nécessité d’avancer sur les trois niveaux : oral, lecture, écriture
Marie-Jeanne Verbois
Journal de l’alpha no 211 – 4e trimestre 2018

Depuis que je me suis présentée comme bénévole chez Vie féminine Namur début 2000, on m’a toujours confié des groupes de femmes d’origine étrangères : Albanaises, Tchétchènes, Turques, Marocaines, Thaïlandaises, Pakistanaises pour la plupart. À l’exception de quelques Marocaines, elles lisent et écrivent en général leur langue maternelle.

Ce qui m’a amenée à me questionner sur la place de l’écrit dans l’apprentissage de l’oral…

MNLE, apprentissage du français oral et objectif d’éducation permanente : des formateurs en difficulté
Sandrine Colback
Journal de l’alpha no 211 – 4e trimestre 2018

Dans mon travail quotidien à Lire et Écrire Bruxelles, je suis constamment confrontée à un ensemble de questions mettant en lien l’oral et l’écrit. Ces questions sont aussi le lot quotidien des formateurs que j’accompagne et ceux que je rencontre lors des formations en Méthode naturelle de lecture et d’écriture (MNLE) que j’anime. Même si en tant que conseillère, je suis censée leur apporter des réponses, j’avoue que, régulièrement, je n’en ai pas ou, en tout cas, j’ai peu de certitudes…

Dans cette analyse, je formulerai les questions qui sont les miennes en tant que formatrice, mais aussi celles qui me parviennent lorsque j’accompagne des formateurs et formatrices dans leur travail avec des apprenants débutants en lecture et écriture.

L’interculturel

Au-delà de l’interculturel et de la diversité, nous libérer de nous-même
Mathieu Danero
Décembre 2018

Dans le contexte actuel, se demander comment valoriser les différences culturelles au sein des formations en alphabétisation ne mènera pas très loin et risque de ne jamais changer grand-chose. Le moindre espoir de changement ne pourra venir que de notre propre travail de conscientisation des situations que nous vivons, nous travailleurs du social.

Avant de vouloir travailler à la libération de qui que ce soit, il est indispensable de se concentrer sur ce qui pourrait nous libérer nous-mêmes.

Les lois anti-discrimination doivent-elles reconnaitre les discriminations liées à l’écrit ?
Duygu Celik
Décembre 2018

Nous vivons dans une société de l’écrit. Les actes du quotidien sont jalonnés d’écrits. Nos rapports sociaux, nos liens avec l’administration, les services que nous utilisons à longueur de journée, il n’y a pratiquement plus aucun domaine de la vie sociale qui ne s’appuie, d’une manière ou d’une autre, sur l’écrit. On peine aujourd’hui à imaginer qu’il puisse en être autrement.

Quelle place cette société laisse-t-elle aux personnes qui ne maitrisent pas la lecture et l’écriture ? De quelles chances disposent-elles d’assurer leur sécurité, leur santé, de s’instruire et de se cultiver, de participer à la vie sociale et politique, de trouver un emploi et de le garder, d’assurer à leurs enfants des conditions meilleures que les leurs ? N’est-ce pas justice que de vouloir lutter contre les discriminations dont souffrent ces personnes au quotidien ?