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Bulletin de veille documentaire no 4, janvier 2019

L’avancée de la recherche dans le secteur de l’alphabétisation

Le Bulletin de veille documentaire fait écho trois fois par an de l’avancée de la recherche nationale, européenne et internationale dans le secteur de l’alphabétisation. Il se compose d’une sélection d’études, d’enquêtes quantitatives et qualitatives, d’articles de presse, de revues professionnelles et scientifiques en lien avec l’alphabétisation ou les publics concernés.

Outil de communication, il est destiné à mettre à disposition des chercheurs ainsi qu’auprès des personnes intéressées des ressources pertinentes afin d’être informé et de comprendre les évolutions des domaines liés à l’alphabétisation. Il est organisé par thématiques afin de mieux identifier les informations.

Si vous souhaitez recevoir les bulletins de veille documentaire par e-mail, envoyez votre demande à l’adresse aurelie.leroy@lire-et-ecrire.be

Prison, théâtre

« L’art de lire » : théâtre en prison et alphabétisation

Schoenars Frédéric, Megherbi Salim Centre de recherche et d’interventions socio­logiques, Université de Liège, mars 2018, 30 p.

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Menée dans le cadre du programme européen « Erasmus+ », cette recherche questionne les liens entre 3 expérimentations de théâtre en prison (Allemagne, Espagne et Italie) et la possibilité d’alphabétisation des détenus y ayant participé.

La méthodologie employée s’opère en deux temps. Une revue de littérature sur le concept d’alphabétisation a été, en premier lieu, réalisée. Ensuite, la démarche qualitative entamée repose sur une série d’observations (non-participantes) de séances d’atelier-théâtre et de leurs représentations ainsi que sur des entretiens individuels et collectifs avec les intervenants et détenus. En ce qui concerne les entretiens avec les détenus, l’objectif poursuivi était d’interroger leurs représentations du théâtre à la première séance et d’évaluer à la dernière séance, l’évolution de leurs représentations ainsi que bénéfices en termes d’apprentissage.

S’appuyant sur le travail d’Anne Godenir (2010) [1], la recherche confronte les discours et représentations des participants sur les apports du théâtre aux possibilités d’apprentissages à partir des 5 catégories d’impacts : les savoirs et compétences de base, la transformation identitaire, l’insertion sociale, le travail et l’insertion professionnelle, la participation citoyenne.

Les résultats montrent que le théâtre en prison est bien plus qu’un dispositif culturel « pur » et qu’il se révèle être une méthode d’apprentissage conduisant à l’alphabétisation des détenus. La pratique du théâtre contribuerait au développement des capacités créatives et offrirait un nouveau regard sur soi et sur le monde. Il est également constructeur de lien social, là où l’enfermement l’en prive, et permet de faciliter l’écoute et la rencontre entre détenus. Aussi, il a apporté un sentiment de considération en tant que sujet chez les participants qui de par leur détention, sont sujets à une perte de citoyenneté. En outre, il a favorisé l’implication des apprenants dans l’apprentissage de la maitrise de la langue.

Décret Éducation permanente

Évaluation du décret relatif au soutien de l’associatif dans le champ de l’Éducation permanente. Rapport relatif à la problématique du « poly­subvention­nement » des associations reconnues : analyse à partir du point de vue des opérateurs

Tilman Alice, Fuselier Bernard, Zune Marc, GIRSEF, septembre 2018, 35 p. (Belgique)

En ligne.

Dans le cadre de l’évaluation quinquennale du décret de 2003 relatif au soutien de l’action associative dans le champ de l’Éducation permanente (EP), le Comité d’accompagnement a souhaité investiguer la question du « polysubventionnement » des associations. Les équipes du GIRSEF et de la SONECOM avaient mis en évidence, dans un rapport de 2011, que la subvention EP couvrait plus de 75 % du budget chez seulement moins de 10 % des associations, principalement les plus petites. Par conséquent, les associations devaient disposer de sources de financement multiples, provenant à la fois de fonds propres, de subsides publics et de financements et dons privés. Ce recours à diverses sources de financement est devenu une réalité commune aux associations et constitue aussi régulièrement l’objet de tensions, discordes entre elles et les « régulateurs » [2].

Quelles sont les circonstances conduisant à la sollicitation de plusieurs financements ? Comment le lien entre des sources variées de financement est-il effectué ? Comment la cohérence du projet associatif est-elle maintenue ? Quelles sont les problématiques organisationnelles que cela entraine ? Comment l’EP est-elle éventuellement redéfinie / réaffirmée / réappropriée dans ce processus ? Il s’agit, dans cette étude, de partir de l’action associative, de ses contraintes, de ses dynamiques, pour mieux saisir la problématique de leur financement, et la manière par laquelle les différentes options prises (notamment de poly­subvention­nement) influencent les démarches d’EP mises en œuvre.

Une phase exploratoire a été menée auprès d’une dizaine d’opérateurs. Des entretiens, individuels ou de groupe ont été menés et ont abouti à la production d’une note. Des entretiens approfondis auprès de 9 associations ont complété cette approche. Le rapport est subdivisé en deux grandes parties. La première met en évidence un malaise général des opérateurs face aux contraintes institutionnelles, un rapport critique partagé à l’action publique qui les conduisent à réfléchir à des scénarios alternatifs de financements. Ce dernier se caractérise par la non-prise en considération des activités amont et aval au travail d’EP reconnu et subventionné ; la charge administrative croissante et la segmentation des politiques qui accroit le travail interne ; un renforcement des logiques de contrôles marquées par la méfiance plutôt que par du soutien.

La seconde partie montre qu’au-delà d’une critique partagée, les associations développent différentes logiques d’action qui intègrent leur recours à différentes sources de financement. Trois cas de figure de mobilisation des ressources financières sont dégagés à partir d’études de cas :

  • une logique de centration sur le décret EP, et un financement périphérique nécessité pour couvrir essentiellement les aspects non finançables du processus d’EP ;
  • une logique d’hybridation de plusieurs reconnaissances/agréments, dont l’EP, à partir de laquelle une plus-value est dégagée, et la transversalité de l’EP développée ;
  • une logique de multi-financement assumée, dont l’EP, afin de garder la mainmise sur la définition des besoins, la manière de les aborder, et de se prémunir contre les catégorisations établies et les changements possibles de financements.

L’étude émet que le polysubventionnement ne s’oppose pas au déploiement de l’EP dans les associations mais pose de nombreuses difficultés. Les opérateurs interrogés sont en demande de concertation, de coordination entre les différents pouvoirs publics et de la mise en place d’une simplification administrative.

Technologies de l’information et de la communication

Premiers résultats de l’enquête Capacity sur les usages numériques des Français

GIS M@rsouin, 2017, 79 p. (France).

En ligne.

Le projet de l’Agence nationale de la recherche Capacity a pour objectif de confronter les promesses de l’empowerment par les outils numériques à la réalité des usages et des bénéfices tirés par les utilisateurs de ces outils. Ce projet s’appuie sur des méthodes d’enquête qualitatives et quantitatives.

La problématique centrale consiste à déterminer à quels groupes sociaux les outils numériques permettent le plus d’élargir le spectre des opportunités dans différentes sphères de la vie sociale (sociabilité, participation politique, accès à l’information, éducation / apprentissages, augmentation du pouvoir d’achat, insertion professionnelle, etc.). Ce premier rapport analyse les résultats de l’enquête par questionnaire menée auprès de 2000 français adultes. Il dresse, dans un premier temps un portrait des personnes qui n’utilisent pas Internet et cerne les éventuelles difficultés que cela induit dans leur vie quotidienne. 16 % des Français n’utilisent pas Internet par manque de compétences, par absence d’intérêt, en raison du coût trop élevé ou par peur du manque de confidentialité sur la toile. Les difficultés induites par cette non-utilisation concernent principalement les démarches administratives à l’ère du tout numérique.

Quatre différents profils d’internautes sont présentés : les hyperconnectés (31 %), les utilitaristes (38 %) ; les internautes « traditionnels » (17 %) et les « distants » (14 %). La suite du rapport examine 4 dimensions du pouvoir d’agir : le capital social, l’apprentissage, la participation politique, le pouvoir d’achat. Pour chacune de ces dimensions, l’enquête permet d’analyser quelles catégories de Français tirent le meilleur parti des potentialités offertes par l’Internet.

Il apparait selon les résultats qu’internet joue un rôle significatif mais limité de mixité sociale. Il agit en tant que « correcteur des inégalités de capital social » et permettrait aux internautes les moins favorisés au niveau des revenus de s’ouvrir à d’autres milieux sociaux. L’apprentissage informel s’avère être une pratique fort importante et représenterait, pour certains, une « école de la seconde chance ». Pour ce qui a trait à la participation politique, 3 rapports sont distingués : les militants numériques (18 %), les modérés (65 %) et les réfractaires (17 %). L’enquête montre, en outre que les pratiques d’achats en ligne profitent davantage aux personnes les plus favorablement placées dans l’espace social, tant du point de vue de leur catégorie socio­professionnelle que de leurs revenus.

Pauvreté, précarité

Étude prospective. Pauvreté, précarité et exclusion socio-économique en Wallonie : quels futurs possibles ? Rapport synthétique. Présentation de la démarche prospective. Présentation des scénarios d’évolution

SONECOM, IDD, CRIS-ULG, IWEPS, octobre 2018, 30 p. (Belgique).

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Commanditée par l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, cette étude s’interroge sur l’évolution de la pauvreté en Wallonie. En effet, la Wallonie est une des régions se situant en bas du classement des régions les plus pauvres d’Europe. Près d’une personne wallonne sur cinq connait un risque de pauvreté (19,4 %) et 7,8 % vivent dans un ménage en situation de privation matérielle sévère. Les personnes touchées semblent de plus en plus nombreuses : locataires, famille monoparentale, travailleurs précaires, enfants, etc.

Basée sur une méthode prospective et participative, elle élabore des scénarios possibles mettant en évidence les risques et les opportunités se présentant dans la société wallonne en 2040.

S’appuyant notamment sur le cadre d’analyse DPSIR [3] et de l’analyse structurelle (Godet M., 2017), les auteurs ont modélisé un système prospectif à 5 niveaux : les facteurs de niveaux macro, les facteurs méso (principalement belgo-wallons), la situation en termes de pauvreté, les conséquences de cette situation sur les wallons et la société et les actions mises en place par les pouvoirs publics ou la société civile pour éviter les situations de pauvreté ou en limiter les impacts. Une vingtaine de variables ont été dégagées afin d’aboutir à un système organisé. Les différentes combinaisons des hypothèses d’évolution de ces variables constituent des scénarios. Quatre scénarios possibles sont enfin distingués : Light State for Winners, L’État social actif 2.0, Solidarité.com et Des racines mais pas d’ailes.

Ces scénarios ont pour objectif de nourrir le débat sur l’évolution de la pauvreté en Wallonie. Ils invitent les décideurs politiques et les acteurs sociaux à se les approprier afin de préparer l’avenir de la Région.

Baromètre social 2018. Rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté

Observatoire de la santé et du social Bruxelles, Commission communautaire commune, 2018, 76 p. (Belgique).

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Le Baromètre social présente annuellement une série d’indicateurs abordant différents aspects de la pauvreté en Région bruxelloise. L’objectif est d’exposer la situation socio­économique des Bruxellois dans le temps et ce, de manière transversale dans différents domaines de la vie : les revenus, le marché du travail, le logement, l’enseignement et la formation, la santé, l’intégration sociale et la participation.

En Région bruxelloise, « le taux de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale » approche les 39 %. Un tiers des Bruxellois (33 %) vivent avec un revenu inférieur au seuil de risque de pauvreté. Ce taux de risque de pauvreté est particulièrement élevé parmi les personnes qui vivent dans un ménage sans emploi ou avec une faible intensité de travail. La plupart des indicateurs mettent en exergue que la proportion de personnes en situation de pauvreté est globalement plus élevée en Région bruxelloise que dans les deux autres régions du pays.

Entre janvier 2016 et janvier 2017, le pourcentage global de personnes vivant avec un revenu de remplacement ou une allocation d’aide sociale est reste stable. En revanche, lorsque l’on considère le type de revenus de remplacement/d’allocations, certaines évolutions sont constatées (et ce depuis 2015) : la baisse du nombre de personnes percevant une allocation de chômage ou d’insertion se poursuit (-3 % parmi les 18-64 ans), en particulier parmi les jeunes de 18-24 ans (-14 %). En parallèle, le nombre de personnes percevant une allocation d’aide sociale continue d’augmenter, en particulier les bénéficiaires d’un revenu d’intégration sociale (+9 % au total). On notera qu’en l’espace de dix ans (2007-2017), le nombre de personnes vivant avec le revenu d’intégration sociale a augmenté de 73 % en Région bruxelloise (une tendance à la hausse qui s’observe à l’échelle de la Belgique dans son ensemble). Il apparait que le cout élevé du logement pèse lourdement dans le budget des ménages bruxellois. Une personne isolée qui perçoit le revenu d’intégration sociale devra consacrer en moyenne près de 70 % de son budget au loyer. De plus, l’accessibilité des logements pour les personnes à bas revenus est particulièrement difficile.

Il est aussi établi que le niveau d’éducation influence la position sociale des personnes. En Belgique, en 2017, le taux de risque de pauvreté des personnes faiblement diplômées (qui possèdent au maximum un diplôme du secondaire inférieur) atteint 27 %, contre 14 % chez les diplômes de niveau moyen (enseignement secondaire supérieur) et 6 % parmi les diplômes de l’enseignement supérieur. Ces dernières années, une nette augmentation de la pauvreté des personnes faiblement scolarisées est constatée et creuse davantage l’écart de niveau de vie selon le degré d’éducation. Or, c’est en Région bruxelloise que l’on retrouve la plus grande proportion de personnes d’âge actif ne possédant pas le diplôme de l’enseignement secondaire supérieur. La situation socio­économique des personnes influence également fortement leur état de santé. De manière générale, plus de la moitié des Bruxellois (15 ans et plus) ayant au maximum leur diplôme de l’école primaire ne s’estiment pas en bonne santé, contre un cinquième parmi les diplômes du supérieur. Le cumul de maladies chroniques est également nettement plus fréquent parmi les personnes qui présentent des difficultés financières. Les inégalités en termes d’accès aux soins sont également illustrées.

Le rapport souligne l’importance des inégalités socio­spatiales au sein du territoire bruxellois. De grandes disparités existent en termes de pauvreté entre les quartiers et les communes bruxelloises. La dernière dimension aborde la participation sociale. La pauvreté n’est pas uniquement monétaire mais est aussi souvent liée à des situations d’isolement. Parmi les Bruxellois dont les revenus sont les plus bas, environ 17 % ne sont pas satisfaits de leurs contacts sociaux contre 6 % parmi les plus riches. Les personnes très éloignées de toutes formes d’activités culturelles sont de plus, surreprésentées dans les communes bruxelloises ou le niveau socio­économique est plus faible.

Genre, migration

Genre et migration

Coordonné par Schoenmaeckers Déborah et Rousset Chloé, in Recherche & Plaidoyer no 24, Le Monde selon les Femmes, 2018, 16 p.

En ligne.

Cette analyse questionne la migration sous l’angle du genre et met en évidence comment la non-prise en compte et la non-intégration d’une perspective féministe et intersectionnelle dans la politique migratoire peut impacter directement les femmes migrantes et les discriminent.

En Belgique en 2015, près de la moitié des personnes migrantes déclarées étaient des femmes. Malgré l’importance de ces chiffres, les femmes migrantes sont relativement absentes des discours politiques et médiatiques. La persistance des modèles traditionnels de représentation de la migration, qui soit nient la migration des femmes, soit considèrent les femmes migrantes comme étant passives (à la charge d’un homme, qu’il soit époux, frère, père, etc.), soit leur attribuent le même comportement migratoire que celui des hommes en constitue l’une des raisons. Les « migrants » sont souvent perçus comme un groupe homogène et les différences d’identité de genre, d’orientation sexuelle, d’origine, de race sociale ainsi que la diversité des formes de migration sont peu prises en compte. Pourtant, selon l’analyse, le genre impacte les migrations à plusieurs niveaux : les motivations de départ, le parcours migratoire, l’accueil et le statut accordé aux femmes. Si cette dimension du genre n’est pas prise en compte, elle entraînerait un accroissement des inégalités de traitement et des discriminations chez les femmes migrantes.

Les auteurs soulignent que les politiques migratoires actuelles ont pour effet de prolonger les violences de genre, faute de prendre en compte l’intégration du genre dans l’analyse. Des recommandations sont émises afin de viser une égalité réelle.


[3Le cadre Drivers, Pressures, States, Impacts, Responses (DPSIR) a été développé par l’OCDE et l’AEE (Agence européenne pour l’Environnement) pour le management des « socio­éco­systèmes ».

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