Accueil > Communauté française > Actualités > Défense du secteur de l’ISP

19 décembre 2013

Défense du secteur de l’ISP

Réactions de travailleurs et apprenants de Lire et Écrire

Une délégation de près de 200 personnes de Lire et Écrire était venue à Namur, le vendredi 13 décembre 2013, défendre le secteur de l’insertion socio­professionnelle, lors d’une manifestation qui a rassemblé 3 000 personnes dans les rues de Namur. Nous avons demandé à quelques membres de la délégation – directrices et directeur, formatrices, coordinateur, apprenants – quels enjeux recelait cette forte mobilisation.

Hugues Henry, directeur de Lire et Écrire Liège-Huy-Waremme

« Notre présence a deux objectifs : maintenir l’accès à des formations de qualité et défendre l’emploi. D’après nos estimations, ma régionale pourrait dans le court terme perdre deux temps plein si ces mesures sont adoptées. Il semble que les nouvelles propositions du cabinet permettraient de maintenir l’emploi, mais pas le nombre d’heures de formation. Mais si l’on replace ces mesures dans le contexte socio-économique global actuel, c’est un paradoxe total, ce que nous vivons. Nous venons par exemple de négocier un partenariat avec la cellule de reconversion d’Arcellor Mitall pour donner des formations en alpha à une petite dizaine de membres de leur personnel qui viennent de perdre leur emploi… pour les réinsérer rapidement sur le marché économique. D’un autre côté, nous diminuons le nombre de places et d’heures de formation.

« Si le Ministre de l’emploi veut mettre en place une politique d’activation, qu’il se donne au minimum les moyens de formation nécessaires pour la population wallonne. On ne pourra sortir la Wallonie de la crise économique que par le haut. Alors, tous en formation ! »

Les apprenants de Lire et Écrire Liège interviewés sont les premiers à avoir compris l’impact que ces mesures risquaient d’avoir sur eux

« Nous on a commencé notre formation, et on veut continuer à apprendre. On ne veut pas que ça s’arrête maintenant. On a besoin de plus d’heures encore et on veut garder nos formateurs ! »

Nathalie Kother, directrice de Lire et Écrire Brabant wallon

« Nous sommes venus avec une trentaine d’apprenants de Tubize. On a loué un car. Ça s’est fait spontanément. Depuis le début de l’année, on a beaucoup parlé de l’État social actif, de l’emploi, des exclusions et les apprenants ont très vite été sensibilisés et ont compris l’importance d’être là. Les contraintes vis-à-vis notre secteur sont intenables, on nous demande désormais de faire des heures plus “rentables”, avec un public, qui justement a besoin de plus de temps et d’écoute. On ne mise plus que sur un public, lisse, facilement réinsérable sur le marché de l’emploi. Sur nos calicots, on a détourné notre slogan habituel. Ici, on dit “une personne sur dix sait lire”, pour montrer toute la puissance de celui qui détient ce savoir. Aujourd’hui, on a peur d’être les oubliés de l’ISP. »

Jean Constant, coordinateur pédagogique Lire et Écrire Verviers

« C’est la première fois que les apprenants ont dit “c’est inacceptable, il faut qu’on y aille !” et ils sont venus sans hésiter. Aujourd’hui, ils ont vraiment compris l’enjeu d’être ici. Ils en ont marre et savent qu’on va réduire leur temps de formation et donc la qualité de leur formation mais aussi les moyens en personnel. À Lire et Écrire, on vise des formations de qualité pour tous et pas seulement axées pour les personnes les plus aptes à “l’employabilité”. »

Rita Stilmant, directrice de Lire et Écrire Luxembourg

« On est ici, car on en a ras-le-bol ! Et on ne veut pas des options politiques aujourd’hui privilégiées. On assiste à la non-prise en compte d’une situation socio­économique difficile : il y a une dégradation importante des conditions de vie, celle-ci impactant durement les personnes les plus fragilisées ; les exclusions se multiplient. Les arrêtés d’exécution du décret “Centres d’insertion socio­professionnelle”, en discussion, ne tiennent pas compte du rythme d’apprentissage des stagiaires.

« En l’état actuel, les critères retenus traduisent une non-reconnaissance des processus d’apprentissage de qualité que le secteur met en œuvre. Ils ciblent la mise à l’emploi, faisant peu de cas de l’humain. Les fondamentales actions d’orientation, de remise à niveau et d’alphabétisation risquent d’être les laissées pour compte du décret, si rien n’évolue. Avec, à la clef, un moindre accès aux formations de base et une réduction des moyens. ».

Des formatrices de Liège partagent la même opinion

Évelyne Oltuski : « Ce qu’on est venue dire, c’est que “le temps ce n’est pas de l’argent”, un des slogans de la manif scandé aujourd’hui. Il faut au contraire, laisser la possibilité aux apprenants d’apprendre dans de bonnes conditions et de s’intégrer. Ce qui est insupportable c’est que ces nouvelles mesures s’attaquent encore à ceux qui ont le moins de moyen et qui sont le plus loin de l’emploi. »

Sa collègue ajoute : « Finalement, c’est un peu une double peine, qu’on leur donne. Les apprenants d’origine étrangère sont ici sur notre territoire, il faut leur donner la possibilité de s’intégrer, sinon c’est aussi la voie ouverte au racisme. Je parie que d’ici peu, on va accuser “tous ces étrangers” d’être là sans rien faire. Il faut être clair. »

Les formateurs et apprenants des autres régionales, ainsi que d’autres associations d’alpha (par exemple, la FUNOC) étaient aussi présents pour faire entendre leurs voix.