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27 janvier 2014

Dossier de presse – Le droit à l’alphabétisation pour tous menacé

Lire et Écrire régionale de Verviers, la FGTB et le MOC de Verviers interpellent les politiques

Verviers, le 13 décembre 2011.

Le mouvement Lire et Écrire

Lire et Écrire, Régionale de Verviers est l’une des 9 régionales du réseau Lire et Écrire, qui compte également, en-dehors de Bruxelles, 2 coordinations : la coordination wallonne et la coordination communautaire.

En Wallonie, depuis une dizaine d’années, l’attention accordée par les politiques au droit à l’alphabétisation pour tous s’est progressivement accentuée, en même temps qu’augmentaient les moyens attribués à l’alphabétisation. Nous ne pouvons qu’être satisfaits de cette attention accrue, et pourtant l’orientation des politiques actuelles de financement de l’alphabétisation menace le droit à l’alphabétisation pour tous.

L’alphabétisation à Verviers

600 adultes participent chaque année à des formations en alphabétisation dans une quinzaine d’organismes de la partie francophone de l’arrondissement de Verviers, dont la moitié à Lire et Écrire.

Le financement de l’alphabétisation en Wallonie

En Wallonie il n’existe pas de dispositif législatif spécifique et unique pour l’alphabétisation. Le mouvement Lire et Écrire ne souhaite pas un tel dispositif. En effet l’alphabétisation n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour soutenir la scolarité des enfants, trouver du travail ou maintenir son emploi, accéder à d’autres formations, sortir de chez soi, se débrouiller seul, comprendre le monde dans lequel on vit et y prendre une part active, critique et solidaire,… Lire et Écrire considère donc que chacun des pouvoirs publics ayant en charge ces différents champs de compétences doit participer au financement de l’alphabétisation.

Concrètement

En Wallonie les régionales de Lire et Écrire sont principalement financées par

  • Le ministère wallon de la formation et de l’emploi, dans le cadre des postes APE et du décret OISP
  • Le ministère wallon de l’action sociale et de l’Égalité des chances
  • Le Ministère de la fédération Wallonie-Bruxelles (culture) dans le cadre de l’éducation permanente
  • Le Fonds social Européen

En 2011, 76 % du budget que Lire et Écrire Verviers reçoit pour son action de formation est destiné à des demandeurs d’emploi.

C’est essentiellement le bouche à oreille qui conduit les demandeurs de formation à Lire et Écrire Verviers. Parmi ces personnes qui se présentent spontanément, ne se trouve pas une proportion aussi élevée de demandeurs d’emploi. Nombre d’adultes veulent apprendre à lire et à écrire pour d’autres motifs que pour s’insérer socio­professionnellement. Par ailleurs les sans-papiers qui, eux, sont bien dans une dynamique forte de recherche d’emploi ne peuvent pas accéder au statut de demandeur d’emploi. Nous devons donc progressivement refuser le droit à la formation à un nombre croissant de personnes. Or ce droit fait partie des objectifs fondamentaux du mouvement Lire et Écrire.

Jusqu’en 2009 nous bénéficiions d’une convention avec le Forem qui permettait de subsidier la formation de personnes éloignées de l’emploi et non-demandeurs d’emploi. Cette possibilité a été retirée en 2010 de notre conventionnement par le cabinet Wallon de la formation. Il est clair que les politiques actuelles recentrent les financements sur la formation des personnes les plus proches de l’emploi. Si les montants octroyés à Lire et Écrire pour la formation d’adultes en réaffiliation sociale ont été augmentés en 2011, ils restent nettement insuffisants par rapport aux besoins.

Publics particuliers : les personnes émargeant au CPAS et les sans-papiers

  • Depuis 2011, le CPAS enjoint à ses bénéficiaires qui ne maîtrisent pas suffisamment le français de s’inscrire à une formation en français, sous peine de voir suspendues leurs allocations. Nous recevons donc de plus en plus d’allocataires qui viennent chercher une attestation sous cette injonction. Outre le fait que nous sommes convaincus que personne ne peut apprendre sous la contrainte, c’est nous faire participer à un rôle de contrôle que nous refusons.
  • Nombre de sans-papiers vivent à Verviers dans une situation très précaire. Outre l’accès à un statut, leur 1er objectif est évidemment l’accès à un emploi. Or nos cadres de financement visent d’une part les demandeurs d’emploi et d’autre part les personnes qui n’ont pas d’objectif d’insertion professionnelle. Les sans-papiers se trouvent donc en-dehors de tous les cadres de financement et dans des situations de vie très difficiles.

Évolution des cadres politiques

Un nouveau décret relatif à l’accompagnement individualisé des demandeurs d’emploi va bientôt être mis en application. Il repositionne entièrement le rôle du Forem et des opérateurs de formation. Ceux-ci vont devoir s’inscrire dans une logique de sous-traitance et de rentabilité. La catégorisation des demandeurs d’emploi risque de nouveau de concentrer l’attention et les moyens financiers sur les personnes les plus proches de l’emploi. Ceci n’est que la suite logique des mesures prises progressivement par nos gouvernements ces dernières années, sous la pression de l’Europe.

Lire et Écrire, Régionale de Verviers tire la sonnette d’alarme par rapport à ces évolutions. Nous sommes de plus en plus poussés par l’évolution de nos cadres de financement à sélectionner les candidats à la formation. Nous refusons de nous adapter à l’évolution des politiques actuelles en matière de formation, qui laissent sur la touche les personnes les plus précarisées, temporairement ou définitivement éloignées de l’emploi. Il est grand temps de renforcer en Wallonie les budgets alloués à l’intégration sociale, notamment pour financer l’alphabétisation des personnes en réaffiliation sociale. Il est grand temps de stopper la concentration des moyens dans le seul champ de l’insertion professionnelle, qui nie les besoins d’un nombre élevé d’adultes en grande difficulté.

Lire et Écrire, Régionale de VerviersBoulevard de Gérardchamps 44800 VerviersTél. 087 35 05 85 – Fax 087 31 08 80verviers@lire-et-ecrire.be

Voir également

« On revendique un droit à l’alphabétisation pour tous »

L'avenir.net, 13 décembre 2011.

Verviers – Daniel Richard (secrétaire régional FGTB), Paul Blanjean (secrétaire fédéral MOC) et Jacques Destordeur (directeur Lire & Écrire) en ont assez : 76 % du budget que Lire et Écrire reçoit pour son action de formation est destiné à des demandeurs d’emploi. Cette origine budgétaire laisse sur le carreau ceux qui désirent un accès à l’alphabétisation pour d’autres motifs que l’insertion professionnelle.

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Verviers : le droit à l'alphabétisation menacé

TéléVesdre, 12 décembre 2011

Le droit à l'alphabétisation serait menacé. C'est en tout cas l'avis du mouvement Lire et Écrire, de la FGTB et du Mouvement ouvrier chrétien. Tous trois lancent un appel au monde politique par rapport au mode de financement de Lire et Écrire. Un mode de financement qui obligerait l'association à fermer ses portes à une certaine catégorie de public.


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