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Journal de l’alpha 217 (2e trimestre 2020) : Pratiques coopératives et collaboratives 2

Travailler et apprendre ensemble dans une perspective d’éducation populaire

Ce Journal de l’alpha est le second sur le thème des pratiques coopératives et collaboratives. Comme dans le premier numéro (no 199, du 4e trimestre 2015), l’intention est de contribuer à alimenter notre pouvoir de penser et d’agir, là où nous sommes, en tant qu’acteur⋅rice⋅s directement impliqué⋅e⋅s.

Comme dans le premier numéro également, le parti-pris est celui de poser la nécessité des pratiques coopératives et collaboratives en phase avec les réalités de la persistance de l’analphabétisme telles qu’elles se posent aujourd’hui. C’est le pari sur les intelligences collectives des acteur⋅rice⋅s de l’alpha et de leurs partenaires, et sur leur capacité à s’emparer des questions qui traversent le secteur pour coconstruire de nouvelles pratiques.

Le présent numéro se veut complémentaire au précédent, mais en donnant cependant davantage de place aux pratiques de formation.

Sommaire

  • Édito (en ligne)
    Sylvie-Anne Goffinet, secrétaire de rédaction.
  • Une collaboration FORM’idable
    Entretien avec Yolande Thomé et Murielle Van Bunnen,
    Lire et Écrire Brabant wallon.
    Propos recueillis et mis en forme par Justine Duchesne,
    Lire et Écrire Wallonie.
  • Pratiques collaboratives : pourquoi faire autrement ?
    • L’organisation de la régionale sur un mode coopératif
    • L’accompagnement pédagogique des formateurs, la coconstruction et la coanimation
    • Le métier de formatrice dans un groupe multiniveau
      Rencontre avec Bénédicte Mengeot, responsable de projets,
      Yolande Boulanger, accompagnatrice pédagogique et méthodologique,
      et Stéphanie Urbain, formatrice,
      Lire et Écrire Centre-Mons-Borinage.
      Propos recueillis par Aurélie Audemar,
      Lire et Écrire Communauté française.
  • La coopération, pas si simple !
    Maria-Alice Médioni,
    Université Lyon 2,
    Secteur Langues du GFEN.
  • Le partenariat entre le Caria et Article 27# Bruxelles
    Ou la richesse de la collaboration pour un changement de paradigme

    Astrid Stevens, référente pédagogique alpha/FLE,
    Caria asbl.
    Muriel Bernard, médiatrice culturelle,
    Article 27# Bruxelles ASBL.
    Complément : la ligne du temps (PDF).
  • Comme un autre dans la ville
    Un projet d’écriture collaborative à l’échelle d’une ville

    Michel Neumayer, concepteur d’ateliers d’écriture,
    GFEN Provence.
  • Cinquante-et-une minibiographies pour rendre visibles les causes structurelles de l’illettrisme
    Pascale Lassablière, créatrice et animatrice d’ateliers d’écriture,
    ateliers Mots’Art.
  • Les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs (RERS)
    Une lecture par la réciprocité

    Jacqueline Michaux,
    Lire et Écrire Bruxelles.
  • Sélection bibliographique
    Aline Jacques
    Centre de documentation pour l’alphabétisation et l’éducation populaire,
    Collectif Alpha.
Ligne du temps
Complément à l’article Le partenariat entre le Caria et Article 27# Bruxelles, d’Astrid Stevens et Muriel Bernard.

Édito

Ce Journal de l’alpha est le deuxième sur le thème des pratiques coopératives et collaboratives. Dans le premier numéro (téléchargeable), ce thème était pensé initialement pour ne concerner que celles qui se développent au sein des équipes. Les articles récoltés ont cependant montré qu’il est difficile d’établir une « frontière » en matière de collaboration et de coopération [1]. Une pratique coopérative d’équipe peut en effet être aussi une pratique coopérative d’association, comme l’illustraient les articles de l’association Par Chemins et du CEDAS. Pratique qui n’est pas sans conséquence sur la manière de concevoir le travail en formation et de le réaliser. Une pratique coopérative peut également être mise en œuvre au sein d’un partenariat, ce dont rendait compte l’article d’Anne Godenir et d’Aurélie Storme sur les pratiques coopératives au sein du Réseau liégeois d’alphabétisation. La coopération peut par ailleurs devenir une trame de fond dans la formation des travailleur⋅euse⋅s (collègues ou personnes venant d’horizons différents mais rassemblé⋅e⋅s autour d’un même projet de formation) dans la mesure où l’objectif de cette formation vise la coconstruction de nouveaux savoirs. Et même le processus d’écriture au sein d’un périodique comme le Journal de l’alpha peut être réfléchi sous l’angle coopératif, comme l’explicitait le dernier article du numéro.

Le thème est donc ample et les possibles contributions nombreuses. Cela valait donc la peine qu’on lui consacre un deuxième numéro, en veillant cette fois à donner davantage de place aux pratiques collaboratives et coopératives en formation, qui restaient malgré tout le parent pauvre du précédent numéro.

Comme dans le premier numéro, l’intention [ici] n’est pas de proposer “un guide des bonnes pratiques à l’usage des associations” mais bien de contribuer à alimenter notre pouvoir de penser et d’agir, là où nous sommes, en tant qu’acteurs directement impliqués [2]. Comme dans le premier numéro également, le parti-pris est celui de poser la nécessité des pratiques coopératives et collaboratives en phase avec les réalités de la persistance de l’analphabétisme telles qu’elles se posent aujourd’hui. C’est le pari sur les intelligences collectives des acteurs de l’alpha [et de leurs partenaires], qu’ils soient salariés, volontaires, apprenants, membres d’instances de décision…, et sur leur capacité à s’emparer des questions qui traversent le secteur pour coconstruire de nouvelles pratiques. [3]

Pour entamer votre lecture, le comité de rédaction vous propose une démarche qui montre l’intérêt et le plaisir qu’il y a à travailler en coopération, tant pour les formateur⋅rice⋅s que pour les apprenant⋅e⋅s. Parce que cela amène les formateur⋅rice⋅s à sortir des sentiers qu’ils ou elles ont l’habitude de fréquenter, à construire des pratiques innovantes. Une démarche qui, au final, peut s’avérer extrêmement créative, favorisant les apprentissages et porteuse d’une nouvelle dynamique de groupe.

À partir de l’interview de trois collègues aux fonctions différentes, l’article suivant présente un travail d’équipe coopératif transversal à l’ensemble des projets menés par l’association. C’est autour de la question de comment fait-on équipe, comment construit-on ensemble un projet commun que s’articule cette contribution.

Après ces deux premiers articles présentant des pratiques vient un article qui explique pourquoi mettre les apprenant⋅e⋅s en apprentissage dans une dynamique coopérative n’est pas simple. Pour l’auteure, c’est néanmoins la voie à suivre car elle permet aux apprenant⋅e⋅s de se construire avec les autres en tant que personnes et comme citoyen⋅ne⋅s.

Dans un autre article, deux travailleuses, l’une d’une association d’alphabétisation et l’autre d’une association visant la participation culturelle des personnes en difficulté sociale et/ou économique, présentent un projet qu’elles ont mené ensemble. Elles y explicitent notamment quelles sont les conditions pour que la coanimation puisse être qualifiée de coopération et pourquoi privilégier une coanimation de type coopératif, malgré le surcroit d’énergie et de temps que cela exige.

La contribution suivante relate un projet, dont le théâtre était la ville (française) de Manosque, qui a permis à des travailleur⋅euse⋅s de divers horizons professionnels de se rencontrer autour d’un atelier d’écriture. Ce projet les a mené⋅e⋅s à créer de l’« en commun » et à mettre en relation leurs contextes respectifs de travail, parfois fort éloignés. Cette « coopération en écriture » montre que c’est parce qu’on est différent⋅e⋅s qu’on peut travailler ensemble et que, lorsqu’il y a désir de partager, travailler ensemble dans la diversité est une source de richesse et non un frein.

Le projet présenté dans l’article qui suit a, quant à lui, rassemblé des personnes ayant des vécus semblables mais venant d’horizons géographiques différents. À travers un projet d’écriture d’autobiographies centrées sur leurs parcours d’illettrisme, la démarche proposée a permis aux participant⋅e⋅s d’identifier collectivement les facteurs à l’œuvre dans la « fabrique » de l’illettrisme.

Le dernier article présente les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs qui, basés sur la réciprocité, auraient, s’ils étaient implantés en alpha, comme intérêt principal de rééquilibrer « la balance de la reconnaissance sociale » en faveur des apprenant⋅e⋅s puisque toutes et tous ont des savoirs à partager.

Et bien sûr, pour terminer, comme dans (presque) tous les Journaux de l’alpha, le centre de documentation du Collectif Alpha nous invite, par une sélection bibliographique murement réfléchie, à affiner notre connaissance et notre compréhension critique des dynamiques coopératives, tant aux niveaux historique et théorique que politique et pratique…

Au nom du comité de rédaction, je vous souhaite une bonne lecture !

Sylvie-Anne Goffinet,
secrétaire de rédaction.


[1Les termes « collaboration » et « coopération » sont ici utilisés comme des quasi-synonymes, désignant un processus par lequel deux ou plusieurs personnes, ou organismes, s’associent pour effectuer un travail en commun, poursuivant des objectifs partagés et selon des modalités de participation les plus égalitaires possibles.

[2Sylvie Pinchart, Les pratiques coopératives et collaboratives : comment s’en emparer en alphabétisation populaire (édito), in Journal de l’alpha, no 199, p. 5

[3Ibid.