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Publics éloignés : le facteur « Sherwood »

La présente analyse s’intéresse à ce que l’on a dénommé « sherwoodisation », processus de décrochage de masse par lequel des populations sortent des circuits d’aide institutionnalisée, vivent en dehors des écrans radars de la sécurité sociale et qu’il devient, par conséquent, de plus en plus difficile de toucher.

Notion complexe et recouvrant des réalités multiples, nous nous intéresserons à un aspect particulier, à partir d’une expérience de terrain et des réflexions de travailleurs sociaux, pour apporter des éclairages qui demeurent, somme toute, partiels sur le phénomène.

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Les lignes qui suivent s’appuient en majeure partie sur les propos recueillis auprès d’une travailleuse sociale de Lire et Écrire Centre Mons Borinage qui a développé et accompagné le projet « MAP ».

« MAP » pour « Mobilisation des acteurs et des partenaires » est une action développée par Lire et Écrire Centre Mons Borinage en partenariat avec le CIEP et financé par le Fond social européen. Il s’inscrit en réponse à une question sur laquelle se sont penchés plusieurs opérateurs du plan de cohésion sociale et de l’instance bassin de Mons : pourquoi les formations en alphabétisation peinent-elles à remplir leurs groupes alors que la région de Mons Borinage présente de nombreuses personnes en difficulté de lecture et d’écriture ? Les besoins sont là, les opérateurs de formation et d’insertion le savent, les services sociaux et travailleurs de proximité en témoignent, les indicateurs socioéconomique l’attestent. Mais l’offre de service semble en décalage avec les besoins de la population. Face à ce constat, ces acteurs émettent une double hypothèse : d’une part, que les opérateurs de formation ne parviennent pas à toucher toute une frange de la population en situation d’illettrisme et d’analphabétisme et, d’autre part, que les formations proposées sont généralement inadaptées à ces publics. C’est de là qu’est né le projet MAP.

Comment toucher les publics en besoin de formation de base mais qui sont très éloignés de la formation et de l’emploi ? Tel était le défi du projet. C’est sur le partenariat que les acteurs ont misé pour y faire face, partant du présupposé que si eux, acteurs de formation et d’insertion, ne rencontrent pas le public éloigné, les services sociaux de proximité sont, par contre, en contact permanent avec lui. Les centres d’hébergement, maisons maternelles, CPAS, maisons de quartier, AMO, planning familial… tout un réseau d’acteurs qui est amené, à travers ses missions et ses services, à rencontrer un public que les centres de formation ne rencontrent pas nécessairement.

C’est donc ce réseau d’acteurs de proximité que Lire et Écrire et le CIEP ont mobilisé. Ils ont mené un travail très en amont, qui ne s’est pas limité à réunir les acteurs et à les informer du projet, mais à construire avec eux une méthodologie commune pour définir le public cible, se former ensemble au pouvoir d’agir. Ce travail en amont avec les partenaires a permis à la fois de créer l’adhésion autour du projet, mais aussi de doter des acteurs aussi divers que des centres de planning familial ou des centres d’hébergement de la capacité de voir et de comprendre les difficultés de lecture et d’écriture chez leur public.