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15 novembr 2017

EAEA : Fonds social européen : peut mieux faire !

L’Association européenne pour l’éducation des adultes (EAEA), dont Lire et Écrire est membre, a récemment publié une déclaration concernant le rôle du Fonds social européen (FSE) dans la formation des adultes. Suite à une consultation réalisée auprès de ses membres, l’EAEA souligne en effet la grande importance du Fonds social européen pour la formation des adultes dans l’Union européenne.

Cependant, elle relève aussi une série de dysfonctionnements et fait une série de recommandations pour augmenter l’efficacité du FSE, tant du point de vue des opérateurs que des bénéficiaires des actions.

Lors de sa contribution à cette enquête de l’EAEA, Lire et Écrire Communauté française avait quant à elle souligné plusieurs aspects insatisfaisants du travail avec le Fonds social européen, concernant notamment :

  • La lourdeur des contrôles, dont l’envergure est identique pour d’importantes institutions et pour des opérateurs de petite taille, et à laquelle s’ajoute le fait que des contrôles peuvent avoir lieu plusieurs années après la clôture d’un projet.
  • L’importance de clarifier le cadre administratif et financier avant le lancement des projets, sous peine, ici aussi, de faire courir un risque important aux prestataires.
  • La trop grande segmentation des publics dans les appels à projets, ainsi que l’orientation trop importante de ces appels vers des priorités relatives au marché du travail.
  • Le caractère inadapté de nombreux indicateurs quantitatifs de réussite des projets au regard des réalités des publics dits « éloignés » de la formation et de l’emploi.
  • La procédure de récolte des données dites « privées » et « sensibles ».

Extrait du diagnostic de l’EAEA (traduction)

Voir le diagnostic complet (PDF).

Cinq recommandations pour améliorer le FSE

1. Améliorer l’accessibilité au FSE pour les organisations de formation des adultes

Les procédures de candidature complexe pour les projets FSE rendent l’accès à ses financements difficiles pour les nouveaux candidats. Les organisations de formation des adultes affirment également que les pouvoirs subsidiants ont déjà souvent à l’esprit un groupe prédéfini de bénéficiaires éventuels des appels à projets lors de la conception des projets, ce qui constitue un obstacle pour les organisations qui ne font pas partie d’un tel groupe restreint. Pour atteindre davantage de groupes cibles, le FSE devrait être ouvert à de nouvelles organisations.

2. Éviter de définir des groupes cibles de manière trop restrictive

Bien qu’il soit important d’offrir une offre adaptée à des publics spécifiques pour les inciter à participer à des activités d’apprentissage, les offres ne devraient pas être trop exclusives, car cela rend difficile l’accès de suffisamment de participants aux programmes. En outre, donner à un seul groupe cible, étroitement défini, un accès aux programmes peut conduire à la stigmatisation de ce groupe. Les programmes financés par le FSE pourraient être axés sur des besoins spécifiques partagés par divers publics. Cela créerait un sentiment d’appartenance commune plus fort entre les participants, permettrait d’appréhender les défis communs, et favoriserait l’apprentissage interculturel et intergénérationnel.

3. Prendre en compte les besoins des publics et protéger les données privées

Une approche uniforme ne convient pas à tous : les différents publics ont des besoins différents – comme la garde d’enfants pendant les cours, la possibilité de ménager une flexibilité dans la fréquentation des formations, des cours de soirs plutôt que durant la journée, etc. Il arrive que les programmes financés par le FSE ne permettent pas ce type de flexibilité. Dans le cadre d’un travail avec des publics issus de milieux défavorisés, ces besoins doivent être pris en compte pour favoriser leur apprentissage et permettre à un maximum de personnes de rester en formation. En outre, la réalisation de rapports sur les projets FSE nécessite un large ensemble de données sur les profils des participants, ainsi que des indicateurs sur leur réussite en matière d’apprentissage. Le FSE doit s’assurer que toutes les données privées des participants, collectées tout au long du programme, sont protégées.

4. Rendre plus faciles l’administration et la gestion des projets FSE

Les projets FSE exigent une grande quantité de travail administratif et de rapport. Cela constitue un défi, en particulier pour les petites organisations ne disposant que d’un petit nombre de travailleurs. De plus, les règles pour la réalisation de rapports diffèrent d’un pays à l’autre et parfois même d’un projet à l’autre. Alors que certains gouvernements exigent des preuves « papier » de toutes les activités, d’autres n’acceptent de preuves que sous format numérique. Les bénéficiaires du FSE signalent également des changements dans les règles de déclaration se produisant pendant la durée de vie des projets, changements qui doivent être mis en œuvre de manière rétroactive. Cela occupe un temps de travail précieux – ainsi que des fonds dédiés au projet – qui ne sont pas consacrés à des activités effectives. Afin de concrétiser les objectifs du FSE, il conviendrait de mettre moins l’accent sur les rapports et déclarations et davantage sur les besoins des apprenants.

5. Confier la conception des projets aux opérateurs

Les opérateurs ne sont pas toujours consultés dans la phase de conception des projets. Au lieu de cela, ils sont souvent invités à postuler pour des projets formulés au préalable, qui doivent être seulement complétés avec des activités, ce qui laisse peu de place aux idées provenant de l’opérateur. Les prestataires ont souvent une longue expérience de travail avec certains publics en vue de la réalisation d’objectifs déterminés, et leur contribution à la conception des projets pourrait être un bénéfice pour toutes les parties prenantes : les apprenants, les opérateurs, et les pouvoirs publics qui veulent voir certaines mesures mises en œuvre.